10 choses à ne pas dire à un bipolaire et leurs impacts psychologiques

Certains mots semblent flotter sans conséquence. Pourtant, certains dérapages verbaux laissent des cicatrices profondes chez ceux qui vivent avec un trouble bipolaire. L’impact psychologique de ces paroles, souvent banales en apparence, se révèle bien plus puissant qu’on ne l’imagine.

L’idée tenace qu’il suffirait de « voir la vie du bon côté » ou de « faire preuve de volonté » survit, malgré les progrès de la recherche sur la bipolarité. Des phrases jetées sans réfléchir peuvent balayer d’un revers de main l’expérience vécue par la personne concernée, accentuer la stigmatisation et créer un fossé dans la relation.

Ce que l’on croit anodin : pourquoi certaines phrases blessent vraiment les personnes bipolaires

Certaines paroles, prononcées à la légère, viennent heurter de plein fouet celles et ceux qui traversent la réalité du trouble bipolaire. D’un simple « tu exagères » ou « tout le monde a des sautes d’humeur », jaillit souvent une incompréhension totale de ce que vivent ces personnes. Vivre avec un trouble bipolaire, c’est bien plus que surmonter des hauts et des bas ponctuels : c’est gérer des tempêtes émotionnelles qui bouleversent la vie professionnelle, le cercle familial et l’estime de soi.

Le professeur Michel Lejoyeux le pointe sans détour : la bipolarité, ce n’est pas une lubie passagère. Les changements d’humeur sont d’une intensité qui dépasse largement la simple fatigue ou la contrariété. La différence est nette entre une humeur morose après une mauvaise journée et une phase dépressive qui cloue au lit. Minimiser ces symptômes, ou enjoindre quelqu’un de « se ressaisir », revient à nier une réalité quotidienne qui demande une prise en charge adaptée, bien loin du simple conseil bien-pensant. Ces mots, qui semblent parfois anodins, finissent par fragiliser le suivi du traitement et isoler encore davantage la personne concernée.

Dans les groupes d’entraide, beaucoup évoquent ce besoin : être écouté sans jugement, sentir qu’on valide le ressenti, sans jamais chercher à imposer un rythme ou une solution toute faite. Les clichés sur la bipolarité ont la peau dure ; on le constate partout où les vieux réflexes remplacent l’écoute et la patience. Être capable de reconnaître la douleur sans la minimiser, c’est une forme de soutien bien plus précieuse que n’importe quel slogan motivant ou exhortation à « voir le bon côté des choses ».

Jeune homme en promenade dans un parc tranquille

10 exemples à éviter absolument et leurs conséquences psychologiques au quotidien

Des phrases lancées sans vraiment y penser s’installent dans la routine et laissent des traces parfois durables sur la santé psychique d’une personne avec un trouble bipolaire. Dans la pratique, ces petites phrases se répètent en boucle chez les professionnels de la santé mentale, et leurs effets ne sont jamais neutres.

Pour mesurer à quel point certaines formulations sont destructrices, en voici dix à tenir à distance, avec leur impact connu sur l’équilibre psychologique :

  • « Tu devrais faire un effort » : cette déclaration laisse croire que le trouble bipolaire n’est qu’un manque de volonté, renforçant au passage la culpabilité de la personne et occultant toute la dimension médicale de la maladie.
  • « Tu es trop sensible » : ici, toute l’intensité émotionnelle vécue est réduite à une fragilité, ce qui mine la confiance en soi et dévalue le vécu.
  • « Arrête de dramatiser » : ce type de commentaire traduit une ignorance de la profondeur des variations d’humeur propres à la pathologie, et nie souvent une réelle souffrance.
  • « Ce n’est pas si grave » : manquer de reconnaissance pour ce que ressent la personne sabote son envie de demander de l’aide.
  • « Tout le monde a ses hauts et ses bas » : en assimilant un trouble psychiatrique à de simples variations d’humeur, on efface la singularité du vécu et accentue l’exclusion sociale.
  • « Tu es ingérable » : réduire une personne à sa maladie, c’est prendre le risque de rompre le dialogue et d’enfermer dans la solitude.
  • « Prends sur toi » : cette injonction invisibilise les besoins de prise en charge et jette la responsabilité de la gestion du trouble sur la seule personne touchée.
  • « Les médicaments, ça rend fou » : une remarque de ce type alimente la méfiance envers les traitements, tout en rendant le parcours de soins plus opaque et difficile.
  • « Tu fais ça pour attirer l’attention » : suspecter la sincérité de la souffrance ferme la porte à l’écoute et à l’empathie indispensables.
  • « Tu ne changeras jamais » : ce fatalisme décourage toute démarche de mieux-être, et condamne d’avance tout projet de progression vers un équilibre retrouvé.

À force d’entendre ces propos, l’état émotionnel se fragilise, l’écoute devient incertaine et la reconnaissance des difficultés réelles s’efface derrière le mur de la banalité blessante. Dans la sphère familiale, comme au travail ou entre amis, ajuster ses mots devient tout sauf un détail. Le choix du respect, du doute suspendu et du silence bienveillant peut parfois transformer, à long terme, le destin d’une personne.