Pratiquer plusieurs religions : quel nom pour cette personne ?

En 2021, le Pew Research Center a recensé des cas où des individus affirment adhérer à deux traditions religieuses simultanément. Le Code civil français n’a jamais défini le statut de ceux qui pratiquent plusieurs religions. Dans certains pays, la déclaration d’une double appartenance peut entraîner une exclusion d’une communauté ou une reconnaissance officielle, selon les contextes légaux et sociaux.

Le terme « syncrétisme » est utilisé dans les sciences humaines depuis le XIXe siècle pour désigner des mélanges ou cohabitations de croyances. Pourtant, aucune terminologie universelle ne désigne clairement une personne pratiquant plusieurs religions.

Entre croyances multiples et identité spirituelle : un phénomène méconnu

Dans l’Hexagone, embrasser plusieurs religions à la fois reste peu courant et largement ignoré des débats publics. Pourtant, la question des croyances multiples bouscule les repères, interrogeant à la fois l’identité spirituelle de chacun et les dynamiques d’intégration. Certaines familles issues de mariages mixtes mêlent rites du christianisme, du judaïsme ou de l’islam, sans sacrifier l’une ou l’autre tradition. D’autres, plus libres dans leur cheminement, composent leur univers religieux à la carte, piochant dans les rituels, les valeurs, la quête de sens et l’envie d’appartenance.

Le moteur de la spiritualité demeure universel. La religion façonne des sociétés, offre un cadre, des repères, mais peut aussi devenir un terrain de conflits dès lors que plusieurs affiliations entrent en collision avec les attentes du groupe ou les convictions familiales. Au-delà du syncrétisme, la présence de plusieurs traditions dans une même vie pose une question de fond : comment vivre avec des valeurs parfois contradictoires, sans déchirer l’équilibre intérieur ou familial ?

Dimension individuelle, enjeux collectifs

Voici quelques réalités qui illustrent la diversité de ces parcours pluriels :

  • Pour certains, ces choix émanent d’une quête spirituelle authentique, guidée par le besoin de cohérence ou d’apaisement intérieur.
  • Pour d’autres, il s’agit d’une réponse à l’environnement familial ou social, reflet de sociétés où le pluralisme religieux devient la norme.

Au cœur de ces trajectoires, la famille reste souvent le premier espace de transmission et de négociation identitaire. L’histoire des religions le montre : là où l’on croyait les frontières figées, elles se révèlent mobiles et perméables. Face à la diversité des parcours, la société française se questionne sur ses propres modèles d’intégration et sur la façon de reconnaître ces identités composites. Plutôt que de voir la pluralité religieuse comme une anomalie, il devient plus juste de la considérer comme le miroir de la complexité humaine face au sacré.

Qu’est-ce que le syncrétisme religieux et comment se manifeste-t-il ?

Le syncrétisme religieux consiste à associer, dans une même vision du monde ou une pratique, des éléments issus de plusieurs traditions. On ne parle pas d’un simple patchwork, mais d’une construction mouvante où doctrines, rites et symboles s’entrelacent et se redéfinissent. Impossible d’y voir une exception : le syncrétisme surgit partout où se croisent cultures religieuses, de l’Antiquité gréco-romaine à l’Afrique subsaharienne, en passant par le christianisme latino-américain.

Dans ce paysage, la frontière entre monothéisme (islam, christianisme, judaïsme), spiritualité (bouddhisme) et athéisme se brouille souvent. Certains s’inspirent des préceptes du bouddhisme tout en pratiquant la prière musulmane ; d’autres fêtent à la fois Pâques et les grandes dates du judaïsme, sans se réclamer d’un dogme unique. Le syncrétisme religieux s’incarne aussi dans la manière d’imaginer Dieu : là où le monothéisme parle d’un dieu unique, d’autres optent pour des conceptions plus abstraites ou symboliques.

Pour donner chair à cette réalité, voici quelques exemples concrets :

  • Un héritier du judaïsme et du christianisme peut, par exemple, honorer le shabbat et assister régulièrement à la messe.
  • Dans certaines familles issues de mariages mixtes, on rompt le jeûne du ramadan tout en célébrant la fête de Pâques.

Ce pluralisme religieux nourrit le dialogue interreligieux et favorise la compréhension des différences. La coexistence de plusieurs religions au fil d’une vie ouvre la voie à des formes de spiritualité inédites, qui échappent aux catégories classiques et obligent à repenser les modèles transmis par l’histoire.

Dialogue interreligieux : vers une meilleure compréhension des différences

Le dialogue interreligieux s’impose comme une démarche concrète dans les sociétés où juifs, chrétiens et musulmans partagent le quotidien. La Charte de Médine, rédigée au VIIe siècle sous l’impulsion de Muhammad, a marqué un tournant : ce texte garantit le pluralisme religieux et affirme le principe : « aux juifs leur religion, aux musulmans leur religion ». Il instaure aussi l’umma, une communauté politique rassemblant musulmans, juifs de Médine et tribus arabes païennes. L’articulation délicate entre respect des particularités et cohésion collective trouve là un précédent juridique et symbolique.

La tradition musulmane regorge d’autres exemples : le traité signé avec les chrétiens de Najrân, où Muhammad accorde par écrit la liberté de culte et la protection aux dignitaires chrétiens. Ce geste résonne encore dans les débats contemporains sur le statut des minorités. Le Coran lui-même invite à la rencontre : le verset 64 de la troisième sourate encourage à se rassembler autour d’une foi monothéiste partagée, sans effacer les différences.

L’impact de ces textes se mesure dans les pratiques actuelles. Le dialogue interreligieux ne relève pas seulement de la diplomatie : il façonne la vie quotidienne, invite à l’écoute et renforce la paix sociale. De nombreux articles rappellent combien il importe de reconnaître la richesse que porte la pluralité. Se confronter à l’autre, c’est aussi mieux comprendre ce qui fonde son propre chemin spirituel.

Homme avec chapelet devant un mural dans un parc

Existe-t-il un nom pour désigner une personne pratiquant plusieurs religions ?

La langue française ne fixe aucun terme officiel pour qualifier quelqu’un qui pratique plusieurs religions en même temps. Tandis qu’en anglais on évoque parfois « multiple religious belonging », le français privilégie souvent des formulations descriptives ou des expressions issues de la recherche. Les spécialistes utilisent « plurireligiosité », « double appartenance religieuse » ou « syncrétisme individuel », des termes surtout employés dans le champ universitaire.

Ce phénomène se retrouve pourtant sur le terrain : en France, on le constate chez des personnes issues de familles mixtes (par exemple, un père musulman et une mère catholique) ou bien chez celles qui traversent un parcours spirituel complexe. Les sciences sociales parlent alors d’« identité religieuse composite », résultat d’une trajectoire qui ne choisit ni l’exclusion ni l’alternance, mais la coexistence.

Cette réalité interroge la notion même de valeurs, telle que l’ont analysée des penseurs comme Milton Rokeach ou Schwartz. Pratiquer plusieurs religions oblige à articuler plusieurs systèmes de sens, parfois dissonants, parfois convergents. Psychologues et psychiatres soulignent que le conflit de valeurs existe, et peut devenir source de tension identitaire, ou au contraire permettre une plus grande ouverture.

Pour clarifier le vocabulaire, voici les principaux termes proposés :

  • « Plurireligieux » : personne qui s’inscrit dans plusieurs traditions religieuses.
  • « Syncrétiste » : individu qui élabore une synthèse personnelle entre différentes croyances.
  • « Double appartenance religieuse » : une formule descriptive utilisée dans les milieux académiques.

Cet éventail de mots témoigne d’un sujet qui, loin d’être anecdotique, continue d’alimenter la réflexion et les débats, aussi bien dans les sphères religieuses qu’universitaires. Entre les lignes du dictionnaire et les récits de vie, la pluralité religieuse dessine un visage inattendu de la spiritualité contemporaine. Qui sait à quoi ressemblera l’horizon spirituel de demain ?