Après un diagnostic de cancer, une question revient souvent : pourquoi ce traitement plutôt qu’un autre ? Chimiothérapie, immunothérapie, thérapies ciblées ou hormonothérapie, les options médicamenteuses se sont multipliées ces dernières années. Leur choix ne relève ni du hasard ni d’un seul médecin. Il repose sur une analyse précise de la maladie, sur des recommandations établies et sur un échange avec le patient. Voici comment cette décision se construit.
Un choix qui n’est jamais individuel
En France, chaque dossier de patient atteint de cancer est présenté en réunion de concertation pluridisciplinaire, ou RCP. Cette réunion rassemble des médecins de spécialités différentes, par exemple un oncologue médical, un chirurgien, un oncologue radiothérapeute, un radiologue et un anatomopathologiste. Ensemble, ils examinent les résultats des examens et proposent la stratégie de traitement la plus adaptée.
Cette proposition s’appuie sur les recommandations nationales et internationales, élaborées notamment par l’Institut national du cancer et les sociétés savantes. Elle est ensuite présentée au patient par son médecin, qui explique les bénéfices attendus, les effets secondaires possibles et les alternatives. Le patient reste libre d’accepter, de poser toutes ses questions ou de demander un second avis. Le plan retenu est formalisé dans un programme personnalisé de soins.
Les critères qui orientent la décision
Plusieurs éléments guident le choix d’un traitement médicamenteux :
- le type de cancer et l’organe d’origine ;
- le stade de la maladie, qui indique si elle est localisée ou étendue à d’autres organes ;
- les caractéristiques biologiques de la tumeur, identifiées sur le prélèvement ;
- l’état général du patient, son âge et ses éventuelles autres maladies ;
- les souhaits et les priorités du patient, notamment sur la qualité de vie.
Les analyses moléculaires ont pris une place importante. En recherchant certaines anomalies dans les cellules tumorales, comme la surexpression d’une protéine ou la mutation d’un gène, les médecins peuvent savoir si un traitement ciblé a des chances d’être efficace. Deux personnes atteintes d’un cancer du même organe peuvent ainsi recevoir des traitements très différents.
La chimiothérapie
La chimiothérapie regroupe des médicaments qui détruisent les cellules cancéreuses ou les empêchent de se multiplier. Elle agit sur les cellules qui se divisent rapidement, ce qui explique qu’elle touche aussi certaines cellules saines, comme celles du sang, des muqueuses ou des cheveux.
Elle se déroule généralement par cures, séparées par des périodes de repos qui permettent à l’organisme de récupérer. Elle peut être administrée par perfusion, souvent en hôpital de jour, parfois grâce à une chambre implantable posée sous la peau, ou par voie orale sous forme de comprimés. Une prise de sang est habituellement réalisée avant chaque cure pour vérifier que le traitement peut être administré. Fatigue, nausées, baisse des globules blancs ou perte de cheveux font partie des effets possibles, variables selon les molécules et les personnes.
Les thérapies ciblées
Les thérapies ciblées agissent sur des mécanismes précis, propres aux cellules cancéreuses, qui participent à leur croissance ou à leur survie. Elles ne sont prescrites que si la tumeur présente la cible concernée, d’où l’importance des analyses moléculaires réalisées au préalable.
Beaucoup se prennent par voie orale, à domicile, ce qui demande une bonne information sur les horaires de prise, les interactions possibles et les signes qui doivent amener à consulter. Leurs effets secondaires diffèrent de ceux de la chimiothérapie et touchent par exemple la peau ou le système digestif.
L’immunothérapie
L’immunothérapie ne s’attaque pas directement à la tumeur. Elle aide le système immunitaire du patient à reconnaître et à combattre les cellules cancéreuses. Les traitements les plus utilisés aujourd’hui lèvent certains freins naturels du système immunitaire, appelés points de contrôle.
Cette approche a transformé la prise en charge de plusieurs cancers, sans être efficace chez tous les patients. Ses effets secondaires sont particuliers. En stimulant l’immunité, elle peut provoquer une inflammation de différents organes, comme la peau, l’intestin, la thyroïde ou le poumon. Tout symptôme nouveau doit donc être signalé rapidement à l’équipe soignante, même plusieurs semaines après une perfusion.
L’hormonothérapie
Certains cancers, comme une partie des cancers du sein et de la prostate, se développent sous l’influence d’hormones. L’hormonothérapie vise alors à bloquer la production de ces hormones ou leur action sur les cellules tumorales. Elle est souvent prescrite sur une longue durée, parfois plusieurs années.
Des traitements souvent combinés
Ces traitements ne s’excluent pas. Ils peuvent être associés entre eux ou avec la chirurgie et la radiothérapie. Un traitement médicamenteux administré avant une chirurgie pour réduire la tumeur est dit néoadjuvant. Administré après, pour diminuer le risque de récidive, il est dit adjuvant. Dans d’autres situations, il constitue le traitement principal.
La stratégie peut aussi évoluer en cours de route. Des examens réguliers permettent d’évaluer l’efficacité du traitement et sa tolérance, et de l’ajuster si nécessaire. L’inclusion dans un essai clinique peut également être proposée, pour donner accès à des traitements innovants dans un cadre encadré.
Le rôle de l’oncologue médical
L’oncologue médical est le spécialiste des traitements médicamenteux du cancer. Il prescrit et coordonne la chimiothérapie, les thérapies ciblées, l’immunothérapie et l’hormonothérapie, surveille leur tolérance et adapte les doses. Il travaille en lien étroit avec les infirmiers, les pharmaciens, le médecin traitant et les équipes de soins de support, qui accompagnent la fatigue, la nutrition, la douleur ou le soutien psychologique.
Pour se représenter concrètement l’organisation d’un service d’oncologie médicale, ses consultations et ses équipes, il est utile de consulter les informations mises à disposition par les centres de cancérologie.
Bien s’informer pour mieux participer
Comprendre pourquoi un traitement est proposé aide à mieux le vivre. Il ne faut pas hésiter à demander quel est l’objectif du traitement, combien de temps il durera, quels effets surveiller et qui contacter en cas de problème. Une prise en charge du cancer se construit à plusieurs, et le patient en est un acteur à part entière.

